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Accés au blog du jardin naturaliste des bulbes à fleurs
 
     
Février 2008
 
Tout aussi précieuse et bien plus rare* que par exemple le célèbre sabot de vénus (Cypripedium calceolus), Tulipa lortetii est malheureusement bien loin de bénéficier d’autant d’égards. En effet, la station principale de cette espèce endémique du Sud-Est de la France (c'est-à-dire qu’elle ne vit nulle part ailleurs au monde), située à Gardanne, est victime du pire scénario que nous pouvions imaginer pour une plante pourtant inscrite au tome I du livre rouge de la flore menacée de France.
 
Botaniste et Président de l’association La feuille de sauge, Vincent Delbecque, nous fait parvenir ce témoignage pour le moins accablant :
 
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 "En Provence ce week-end, j’en profitai pour m’arrêter à  Gardanne, ou j’eus la chance de trouver une station de tulipes.  Devant les feuilles, je fus vraiment intrigué ; trop grandes pour  être des feuilles de Tulipa sylvestris, glauques (donc pas Tulipa  agenensis), et plus dressées que celles de Tulipa raddii. Comme  l’espèce m’apparut visiblement très stolonifère et que de surcroît  je me trouvai dans le quartier de la mythique tulipe de Lortet, je  pensai qu’il ne m’était plus réellement possible d’avoir de doute  sur son identité. Et lorsqu’à cet instant, une habitante me lança  "Ah vous venez voir les tulipes ?!", je sus qu’il s’agissait bel et  bien de la très rare Tulipa lortetii !
 Hélas, ma joie fut de courte durée puisque je réalisai rapidement  que la station, connue pour n’abriter qu’environ 150 individus,  fut très sérieusement endommagée, tronquée par le  terrassement d'une construction récente.
 Discussion avec les propriétaires du terrain situé juste à coté ;  ceux-ci m'interrogèrent afin de savoir ce qu’ils pourraient faire  pour ne pas risquer de détériorer plus la station.
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 Je leur expliquai l’utilité d’un débroussaillage ponctuel (il me semblait avoir aperçu quelques plantes isolés étouffées par  des buissons) et leur fis remarquer la localisation exacte des plantes. La dame me dit : "Nous savions que c'était par là,  mais nous n’avons jamais vu de fleurs. Désormais, nous ferons attention".
 
 
Tulipa lortetii
 "Ensemble, nous fîmes le tour de leur terrain car ils pensaient  avoir vu d'autres feuilles plus loin, mais nous constatâmes qu’il  ne s'agissait que de quelques Iris germanica. Le propriétaire me  fit l'historique du site, qui cultivé par son grand père en vigne, fut  plus tard abandonné et transformé en site de stockage de… sacs  de pommes de terre ! "Nous avions peur que vous soyez un  futur acheteur !", cette réflexion m’en dit long sur la précarité de  la station. Notre conversation fut d’ailleurs souvent couverte par  le bruit des motos cross à une dizaine de mètres de là  seulement…
 Bref, à l'exception de ces gens charmants et visiblement  sensibilisés à la survie de cette espèce magnifique, tout est réuni  pour son extinction rapide. Pas de fleurs prévues pour cette  année apparemment, dommage... Je conclurai en disant que je  suis fatigué de faire des pointages de tulipes dont les populations  ne vont qu’en s’amenuisant".
   
 
Concernant la protection de cette espèce et de son habitat naturel, la France a une responsabilité à l’échelon mondial !
 
 * jusqu’à ce que des botanistes du Conservatoire Botanique National Méditerranéen de Porquerolles en découvrent  récemment une seconde population dans un jardin privé, cette espèce n’était plus connue que de cette seule station.
 
A lire sur le site :
Vincent Delbecque
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